Vieillir ou conduire : les séniors ne veulent pas choisir
Contrairement à une idée recue, les personnes âgées n'ont pas plus d'accidents que les autres conducteurs. Ils reconnaissent toutefois ne pas être à l'aise dans certains cas. La question du suivi médical demeure.
Le permis de conduire est un diplôme à vie. Cependant, des stages de réactualisation des connaissances sont toutefois utiles. Souvent dispensés à l'initiative d'associations ou de mutuelles, ces stages rafraîchissent la mémoire des séniors et les initient aux nouvelles infrastructures routières, aux modifications du code de la route et de la signalisation. Hier après midi, à la salle Montécot à Octeville, près de 150 adhérents de l'association des retraités des établissements Areva de la Hague participaient à l'une de ces séances de "remise à niveau". Une piqûre de rappel à l'initiative de la Direction Départementale de l'Equipement et de la Préfecture de la Manche."Il s'agit de sensibiliser les séniors au code de la route, assure Jean Charles Lacotte, intervenant départemental de la Sécurité Routière. Ils découvrent de nouveaux panneaux de signalisation, apprennet à franchir les sens giratoires qui posent souvent problèmes."
Ces séances ne visent pas à corriger leurs défauts mais à les inciter à changer leurs habitudes au volant. "On les responsabilise et sensibilise également aux risques liés à l'âge, et on leur fait prendre conscience de leurs capacités réelles. Malgré une longue expérience de la conduite, il est capital de s'interroger sur ses capacités et de prévenir les difficultés éventuelles pour conduire toujours en toute sécurité." En effet, si les réflexes perdurent, les temps d'analyse et de réaction se rallongent en vieillissant. Sur un trajet que l'on fait souvent, réagir à ce qui survient est simple. Mais, dans un rond-point dont on n'a pas l'habitude, ou sur une d'accélération à l'entrée d'une autoroute, une hésitation ou un excès de précaution peuvent être dangereux. Les séniors reconnaissent ne pas être à l'aise dans certains cas : dépassements, conduite près es poids lourds, maintien d'une vitesse de même niveau que celle des autres véhicules, redémarrage au stop ou en côte, conduite den uit ou dans de mauvaises conditions météorologiques, lieux à forte densité de circulation.
Autre insuffisance constatée : la moitié des séniors ne surveille pas assez ses rétroviseurs et omet de tourner la tête pour regarder sur le côté où à l'arrière au moment de bifurquer, de se garer ou de sortir d'un stationnement. Ces défaillances, souvent liées à de l'arthrose cervicale, sont responsables, chez les 65 ans et plus, de 50% des accidents matériels, nombreux dans cette tranche d'âge.
DEPISTAGE MEDICAL
Ne plus conduire signifie pour beaucoup de séniors "mourir". Une expression exagérée, souvent emplyée pour qualifier le handicap de ne plus être mobile. "Les séniors tiennent à conduire, pour conserver leur mobilité, qui est le gage indéniable de la qualité de vie et de la préservation du lien social (loisirs, courses, visites aux proches, vie associative...)."
Diverses études ouvrent toutefois quelques pistes de réflexion pour pallier ce manque, comme le fait de proposer des alternatives concrètes à la conduite (transports en communs....). Une majorité de français se dit également favorable à une visite médicale obligatoire, non seulement pour isoler les automobilistes incapables de conduire par maladie, mais aussi ceux (et ils sont nombreux) souffrant d'un alcoolisme aigu. L'alcoolisme étant aussi la première cause de mortalité.
QUELQUES CONSEILS POUR CHOISIR
- Demander l'avis e son médecin traitant et se soumettre aux analyses et examens qu'il prescrit
- Vérifier si les médicaments consommés n'altèrent pas les automatismes ou la vigilance (tranquilisants, sédatifs, décontractants, antihistaminiques, somnifères...)
- Faire contrôler sa vue et son audition au moins une fois par an, et porter systématiquement ses lunettes ou son appareil auditif pour conduire.
- Ne pas prendre le volant en cas de fatigue, après un repas copieux ou une prise d'alcool (à 0.3g/l, il se fait déjà sentir chez une personne âgée)
- Pratiquer une acitvité physique pour conserver son tonus musculaire
- Eviter de conduire la nuit, par mauvais temps, ou aux heures de pointe
- Préférer une voiture équipée d'une boite semi automatique, d'une direction assistée, de rétroviseurs grands angles, de freinage ABS et de radars de recul (modèles haut de gamme pour l'instant)
- Prendre un copilote ou se faire transporter chaque fois que c'est possible. Il suffit de recourir au covoiturage ou aux nouvelles formules de "transport à la demande" mises en place par les conseils généraux et les communautés de communes (se renseigner auprès des mairies).
- Cesser de conduire en cas de perte de mémoire
QUELQUES CHIFFRES
Actuellement, huit millions de possesseurs du permis ont plus de 65 ans, soit 20% des 40 millions de permis délivrés en France. En 2007, selon les chiffres de la sécurité routière, 19.8% des morts sur la route avaient plus de 65 ans contre 24.4 % pour les 18-24 ans.
Les séniors (14% de la population en 1980 et 16% en 2008) devraient représenter près du tiers (32%) des français en 2050. Au cours des 40 dernières années, la courbe de la mortalité routière des séniors a suivi exactement celle de la mortalité routière générale.
UN SUIVI MEDICAL PRECONISE
En décembre 2002, un Conseil Interministériel de Sécurité Routière (CISR) avait préconisé la mise ne place d'un contrôle médical d'aptitude à conduire obligatoire pour les séniors, une idée finalement abandonnée par le le gouvernement.
Le professeur Claude GOT, spécialiste de santé publique et de sécurité routière, s'était à l'époque élevé contre ce projet "qui n'a jamais fait ses preuves" rappelle-t-il. Il suggère plutôt un "suivi" des séniors : contrôle du niveau d'aptitude à la conduite par un "bon" inspecteur du permis de conduire, vérification de la vue du conducteur, détection d'un éventuel Alzheimer débutant. Ce "suivi" pourrait être aussi adapté en fonction des accidents provoqués par l'intéressé.
"Les pays qui ont mis en place un dépistage médical obligatoire l'ont abandonné", explique Jean Pascal Assailly, chercheur à l'Institut nationale de recherches sur les transports et leur sécurité (Inrets). " Obliger des séniors à ne plus conduire coûtera plus cher à la collectivité, car ils seront poussés dans la dépendance" en perdant une grande partie de leur autonomie. "L'arrêt de la conduite, c'est la métaphore de la mort", résume-t-il. "Le problème de la conduite des séniors n'est pas l'âge mais celui des pathologies (vue, Alzheimer) du vieilissement", ajoute M.Assailly, qui suggère un "meilleur suivi par le médecin traitant de ce qui peut concerner la sécurité routière dans les pathologies des séniors".
Ce spécialiste cite la Belgique où les conducteurs, sur la base du volontariat, peuvent faire évaluer leur conduite en ville et sur route et suivre des stages de remise à niveau en fonction de leurs difficultés.
TEMOIGNAGES
- "papa devenait dangereux"
Louis avait 76 ans quand il a commencé à s'angoisser à l'idée de conduire. " Le fait de chercher une place pour se garer lui faisait peur", explique Jacques, son fils cadet. "Un jour, dans un carrefour, j'ai vu qu'il ne savait plus quoi faire. A cette époque, il commençait à avoir des pertes de mémoire. Il a calé. On l'a klaxonné. Il devenait nerveux. J'ai réalisé qu'il devenait dangereux au volant. Je lui ai suggéré de vendre sa voiture. Il vivait en ville et pouvait s'en passer.... Mais ça lui a donné un coup de vieux !"
- François tient toujours la route
A l'heure où les contrôles routiers s'intensifient et où les retraits de permis fleurissent, Francois F., 70 ans, comptabilise 52 ans de permis, plus d'un million de kilomètres et quelques rares accrochages sans gravité. C'est en 1957 que ce médecin, aujourd'hui en retraite, a décroché du premier coup son précieux papier rose. "J'ai eu mon permis à l'issue de la 7ème lecon de conduite, se réjouit le retraité. A l'époque, la circulation était moins dense, et je ne perdais pas de points. Je me suis aujourd'hui maintenu au dessus de la barre des 7 points. Je n'ai jamais eu d'accidents, seulement quelques accrochages. Un seul était de ma responsabilité." François roule encore tous les jours dans une petite Renault 5 pour faire ses courses. Sa voiture est la condition de son autonomie : aller faire ses courses, rendre visite à ses proches, profiter d'une vie sociale active. Ses enfants n'ont pas d'inquiétude mais veillent, depuis quelque temps, à ce qu'il modifie peu à peu ses habitudes de conduite pour éviter les situations à risques. "J'ai toujours refusé les boîtes automatiques. La voiture est pour moi un formidable moyen de locomation dont je ne pourrais me passer. Je peux aller où je veux, quand je veux. Avec l'âge, la conduite automobile peut toutefois devenir dangereuse. On peut perdre en réflexe. Le jour où mes enfants estimeront que je ne suis plus capable de me mettre au volant, j'arrêterai."
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