Trois conducteurs de 75 ans et plus étaient appelés, hier, à la barre pour répondre d'accidents de voiture, ayant causé des dommages corporels.
«Avez-vous quelque chose à ajouter ? » Sans réponse de la prévenue, la présidente répète un peu plus fort : « Avez-vous quelque chose à ajouter ? » Mais rien n'y fait, l'octogénaire n'a toujours pas compris la question. Il faut recommencer: « Avez-vous quelque chose à dire! ». Le juge Christine Parguel, qui présidait hier après-midi, l'audience du tribunal correctionnel à la cité judiciaire de Dijon, a fait preuve de patience. Car il lui a fallu souvent répéter ses questions à Mme De R., une conductrice âgée impliquée dans un accident de la route.
« J'entends très mal »
« J'entends très mal », avait-elle prévenu en début d'audience. Il lui était reproché d'avoir refusé la priorité le 22 septembre 2006 à une intersection à Dijon, rue Charles-Péguy. En s'avançant sur la rue des Arcades, son véhicule avait été percuté par une moto.
« Je connais très bien ce trajet, a expliqué la conductrice. Je me suis arrêtée, puis je me suis engagée. J'ai senti un choc, j'ai cru que j'avais heurté un poteau. Et puis j'ai vu cette dame par terre... » La victime, une femme présente dans la salle, a été appelée pour témoigner. Elle ne peut s'empêcher de fondre en larmes.
« Aujourd'hui, j'ai des séquelles irréversibles ; jusqu'à août, on n'a jamais daigné prendre de mes nouvelles ; le contraire m'aurait fait du bien moralement, et physiquement. Neuf côtes cassées, un épanchement dans les poumons... j'ai perdu une bonne partie de mes cheveux ; je porte une ceinture lombaire, j'ai mal au dos »... la victime ne souhaite toutefois pas se porter partie civile.
« Pourquoi n'avez-vous pas pris de ses nouvelles ? », interroge la juge en s'adressant à l'octogénaire.
Comme l'automobiliste ne répond pas, son avocate Mme Sabatier, lui pose la question à l'oreille.
« Je n'avais ni son nom, ni son adresse... Dans tous ces événements, toutes les fautes sont sur moi... »
« Vous conduisez encore ? interroge la présidente. « Je conduis depuis 60 ans, et je n'ai jamais eu d'accident(...) ! J'ai effectué il y a quelques années des déplacements importants, maintenant je me rends parfois jusqu'à Beaune... »
Pour le vice-procureur François Prélot, la responsabilité de la conductrice ne fait aucun doute. Une peine de prison avec sursis n'étant pas adaptée pour une personne de cet âge, il a proposé une sanction de douze mois de suspension de permis de conduire.
« Quand elle porte ses lunettes, ma cliente voit comme tout le monde », a défendu son avocate, décrivant une personne âgée alerte qui jusqu'ici n'a jamais eu d'accident. Ma cliente a fait l'objet d'un examen médical qui l'a déclarée apte à conduire ; elle a besoin de sa voiture pour aller faire ses courses ».
La conductrice a été condamnée à deux mois de suspension de permis de conduire, et à une amende délictuelle de 1 000 €.
Des blessures involontaires
R. F., 80 ans, devait aussi répondre de blessures involontaires pour avoir grillé un stop le 17 mars 2006, à Dijon. La conductrice se trouvait au volant d'une Citroën, avenue Maurice-Blondel, quand au carrefour avec la rue Drouot, elle a percuté une Fiat qui circulait dans l'autre rue. « Je parlais avec mon mari », a-t-elle expliqué. Au cours du choc, la Fiat a fini sur le capot.
A 80 ans, l'automobiliste explique avoir besoin de conduire pour faire ses courses dans le quartier ; elle se sent « capable ».
« Vous prenez l'autoroute ? », questionne la présidente. « Non », répond la retraitée. « S'il y avait eu un cycliste, ou un piéton, il y aurait eu une victime encore plus atteinte », a souligné pour sa part le vice-procureur ayant requis une peine de suspension de permis de conduire, à titre de peine principale.
Une faute que tout le monde peut faire
« C'est la faute que tout le monde peut faire ! », s'est exclamé, pour la défense Me Hamann. « Ma cliente est plus apte à conduire que des jeunes gens qu'on voit conduire à des vitesses insensées boulevard Clemenceau ! »
La conductrice a été condamnée à six mois de suspension de permis de conduire avec sursis. La constitution de partie civile a été reçue.
Refus de priorité
C. D., 76 ans, devait répondre lors de la même audience de blessures involontaires et d'un refus de priorité par conducteur d'un véhicule tournant à gauche. Le 11 janvier, il a été ébloui par un soleil rasant et a fauché un cycliste à Longvic. Celui-ci a été grièvement blessé. « C'est un problème qui peut arriver à tout âge », a souligné son avocat.
Jugement : deux mois de suspension de permis de conduire.
le pire dans tout ça : ils vont reconduire
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